Du département de la Corse au département de la Corse du Sud

L’enchevêtrement des circonscriptions territoriales dans la France de l’Ancien régime a conduit l’Assemblée nationale constituante a créée par décret du 22 décembre 1789, une division nouvelle et unique : le département.

La Corse fut laissée libre de déterminer si elle constituerait ou non un seul département.

L’Assemblée réunie à Orezza le 16 septembre 1790, sous la présidence de Pascal PAOLI, souhaita ne former qu’un seul département. Cette prise de position fut entérinée par la loi du 19 novembre 1790.

De 1790 à 1793, la Corse formera alors qu’un département unique divisé en 9 districts, 6 au Nord (Bastia, Oletta, l’Ile Rousse, La Porta d’Ampugnani, Corte et Cervione) et 3 au sud (Ajaccio, Vico et Tallano).

Le chef-lieu du département, d’abord fixé à Bastia, est déplacé à Corte après les troubles bastiais de juin 1791.

Le centralisme jacobin, le recours à la Terreur, les mesures de déchristianisation ayant entraîné l’incompréhension puis la résistance de l’administration départementale, on conduit la Convention, à la fois sans doute pour affaiblir Pascal Paoli et pour mieux contrôler l’île, à diviser la Corse en deux départements (décret du 11 août 1793) :

  • le Golo, chef-lieu Bastia, avec 3 districts (Bastia, Corte, Calvi) et 39 cantons ;
  • le Liamone, chef-lieu Ajaccio, avec 3 districts (Vico, Ajaccio, Sartène) et 21 cantons.

Le Niolo était rattaché au Liamone.

En raison de la rupture entre Pascal PAOLI et la Convention, puis de l’épisode du royaume Anglo-Corse, cette mesure demeura lettre morte jusqu’à la reconquête de l’île par les Français à la fin de 1796.

Le retour au département unique est pourtant défendu dès 1801 par l’administrateur général André-François MIOT, pour des raisons d’économie.
Il ne sera cependant réalisé qu’en 1811, sous le nom de Département de la Corse. Cette fois, le chef-lieu choisi est Ajaccio. L’arrondissement de Vico est supprimé et ses cantons rattachés à celui d’Ajaccio, sauf le Niolo, rattaché lui à l’arrondissement de Corte.
 
La Corse forma un seul département jusqu’en 1975.

En 1975, le Gouvernement souhaite faire de l’île une nouvelle région administrative.
 
Le projet de loi est adopté par le Conseil des ministres le 11 décembre 1974.
Il porte création de deux départements dénommés l’un de Corse-du-Sud (2 arrondissements, Ajaccio et Sartène, 20 cantons, 124 communes) et l’autre de Haute-Corse (3 arrondissements, Bastia, Calvi et Corte, 29 cantons et 236 communes) : la reprise des noms de Golo et Liamone, un temps envisagée, est finalement écartée.

La loi, votée à main levée par l’Assemblée nationale puis le Sénat les 3 et 30 avril 1975, est promulguée le 15 mai 1975.
Le 15 septembre 1975 ont lieu les premières réunions des conseils généraux de la Corse-du-Sud et de la Haute-Corse, sous la présidence respective de Jean-Paul DE ROCCA SERRA et de François GIACOBBI.

La seconde bi-départementalisation de la Corse, plus d’un siècle et demi plus tard, s’inscrit dans un nouveau contexte institutionnel et politique.
D’une part, il vient d’y avoir la mise en place de la régionalisation et le remodelage des limites cantonales.
D’autre part, il s’agit tout à la fois de conforter la majorité présidentielle du moment et de marginaliser le mouvement autonomiste.

En 1982, le nombre de cantons passe de 20 à 22 par la création des VIe et VIIe cantons d’Ajaccio.

Les lois de décentralisation

La loi du 2 mars 1982 supprime la tutelle administrative sur les collectivités territoriales et transfère un certain nombre de compétence aux départements.

Le département devient à la fois une circonscription et une collectivité territoriale à part entière.
Le président du Conseil général devient le véritable chef de l’exécutif.

Assemblée d’élus, le Conseil général est l’assemblée délibérante d’une véritable collectivité décentralisée.

Le département apparaît comme le principal bénéficiaire des transferts de compétences effectués depuis 1982.

Depuis la loi du 22 juillet 1983, il a la charge de l’ensemble des prestations d’action sociale. La loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales a renforcé le rôle du département dans ce domaine.
Elle a prévu, à partir du 1er janvier 2005, que « le département définit et met en œuvre la politique d’action sociale ».