UN PEU D’HISTOIRE

Crée en 1963 à la suite des premières campagnes de fouilles menées sur le site de Cucuruzzu, le futur musée de l’Alta Rocca est d’abord un dépôt archéologique ouvert au public installé dans les combles de l’Hôtel de Ville de Levie. C’est l’un des premiers dépôts archéologiques de Corse avec celui d’Aleria.

Enrichi au fil du temps de vestiges issus de plus d’une soixantaine de sites fouillés, il acquiert très vite une renommée internationale puisqu’il présente l’ensemble des collections ayant permis dans les années soixante-dix de définir les différentes cultures préhistoriques de l’île.

Œuvre d’un pionnier de l’archéologie insulaire, François de Lanfranchi,  responsable des différents chantiers de fouilles en Alta Rocca pendant 40 ans, le petit dépôt-musée devient en 1982  un musée départemental contrôlé, qui quitte les combles pour s’installer au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville où il y demeurera jusqu’en 2002.

Le gardien guide municipal devient un agent du département en 1982. Un conservateur est nommé le 1e janvier 1983.
Le musée fonctionnera avec deux agents, puis trois en 1985, puis 4 en 1990, puis 5… Aujourd’hui, l’équipe se compose de 12 agents.

LE BATIMENT

Le projet de construction de nouveaux locaux, imaginé dès 1983, affiné en 1993, porté  par le Conseil général de la Corse du Sud aboutit en 1995 à l’organisation d’un concours pour sa création sur un ancien verger de Levie, « u Piratu », situé route de Carbini, en contrebas de l’avenue lieutenant-aviateur de Peretti.

En 1996, le projet des architectes François Rouanet et Dominique Battesti est retenu. Les travaux commencés en février 2000 s’achèveront en mai 2007.

LE PARTI PRIS ARCHITECTURAL

Le parti pris architectural des lauréats du concours, vise à reproduire en élévation le dessin du verger initial organisé en terrasses.
Il exprime une double volonté des créateurs : reprendre les traces des anciennes cultures du lieu et des bâtis existants; créer des volumes résolument modernes.

Ce parti choisi donne au musée sa personnalité actuelle : des emboîtements de volumes parallélépipédiques dessinant un arc de cercle, des jeux dans les ouvertures des façades, des décrochements de volumes, le tout installé dans un cadre agreste au cœur d’un quartier chargé d’histoire.

Le musée, mariant béton et granite, s’accroche sur l’ancien terrain agricole et s’étale sur deux niveaux, rappelant les terrasses anciennes. Le premier niveau d’une surface de 900 m², regroupe les espaces dédiés aux expositions, aux animations et aux conférences. Le second niveau d’environ 400 m², semi-enterré, abrite les réserves, le laboratoire et les locaux techniques. Un toit en terrasse, accessible, est un belvédère ouvert sur le village qui convient aux animations en période estivale.

L’architecture du musée est adaptée aux missions fondamentales d’un musée : présentation des collections au public, conservation des œuvres et travaux de recherche, accueil de tous les publics.

LE PARTI PRIS MUSEOGRAPHIQUE

Au plan muséographique, le musée est un espace ouvert, conçu pour un voyage dans le temps. La grande galerie d’exposition permanente s’organise en espaces et non en salles fermées, aménagés comme des fenêtres ouvertes sur des faits de civilisations marquants. Des compositions centrales donnent le ton et le rythme des neuf espaces offerts à la découverte.
La visite est à la fois chronologique et thématique. Le voyage couvre dix millénaires en dix escales. Les thèmes abordés se lient à la vie quotidienne des populations anciennes: se nourrir, s’équiper, s’abriter, se parer et croire.

Ouvert complètement au public lors la saison estivale 2007, le nouveau musée de l’Alta Rocca  permet sur près de 600 m² de suivre ainsi pas à pas dans leur vie quotidienne, les différents groupes humains qui se sont succédés en Alta Rocca depuis leur première implantation dans des abris sous roche jusqu’à leur installation dans des casteddi du Moyen Âge.

LE PARCOURS MUSEOGRAPHIQUE

Le fil chronologique forme l’armature de la présentation du musée pour restituer la Préhistoire et l’Histoire de l’Alta Rocca.
De l’austère et âpre Terre de granite présentée dans l’espace 1, le visiteur s’achemine progressivement vers la Terre des Seigneurs de l’espace 8, dans laquelle l’Histoire s’écrit désormais. L’étape ultime passe par l’espace 9 qui témoigne d’un faste passé et d’un goût affirmé pour l’art sacré.

ESPACE 1

L’Alta Rocca, Terre de granite

Véritable îlot montagneux, l’Alta Rocca est une région naturelle, celle des hauts bassins de l’Ortolo et du Rizzanese, sorte de vaste fer à cheval plaqué au centre sud de l’île et ouvert sur le golfe du Valinco. Sabot de lumière et de verdure patiné par le temps et les hommes, il a un relief simple : des crêtes et des monts sur les marges, des collines et des plateaux au centre.

La nature lui a offert une parure de roches grenues où le granite règne en prince, entouré d’un cortège de gabbros et de diorites.
Si la géographie a créé le pays, l’Histoire a poussé très tôt les hommes à choisir leur territoire. Celui-ci s’étend jusqu’à la mer. Chaque village dispose ainsi d’une « plaine » (piaghja).

L’homme a investi ce territoire il y a 10 000 ans et y a apposé son sceau. L’archéologie en a retrouvé les traces et le musée de l’Alta Rocca en restitue l’histoire.

ESPACE 2

Les premières tribus de 8500 à 6000 av. J.-C.

Les Mésolithiques qui fréquentent la partie méridionale de l’île vers – 8500 ans sont de petits groupes humains maîtrisant la navigation. On ignore leur origine géographique, mais on sait que leur mode de vie est fondé sur la prédation.

Ils tirent l’essentiel de leur subsistance du piégeage de petit gibier, le la pêche côtière et de la cueillette.

Ils se déplacent sur un large territoire (de la mer à la montagne) et s’installent dans des abris qu’ils aménagent peu.

Ils exploitent les ressources locales de chaque site occupé pour fabriquer leurs outils et pour obtenir leur nourriture. Ils enterrent leurs morts et ont un rituel funéraire.

ESPACES 3, 4 et 5

Vivre au Néolithique  de 6000 à 2000 av. J.-C.

Vers – 6000 ans, d’autres hommes arrivent en Corse. Leur économie repose sur la production de nourriture. Les premiers Néolithiques qui s’installent en Alta Rocca sont surtout des éleveurs. Ils modèlent leurs récipients avec l’argile locale. Ils  utilisent le silex et l’obsidienne de Sardaigne, notamment, pour façonner leurs outils. Ils construisent des cabanes et commencent à s’organiser en villages.

Le premier village de ce temps (vers 5000 av.J.-C.) a été mis au jour à Altagene, sur le site de Presa.

A partir de – 4500 ans, l’élevage se généralise et l’agriculture se développe.
Les Néolithique enterrent leurs morts hors de l’habitat dans des tombes (coffres, dolmens) groupées en nécropoles. Les premiers menhirs apparaissent.

Vers – 3500 ans, les premiers objets en cuivre sont façonnés.

ESPACE 6

Le temps des casteddi de 2000 à 700 av. J.-C.

A l’Âge du bronze, les villages fortifiés ou casteddi se multiplient. Des monuments circulaires, appelés torre et s’apparentant aux nuraghi sardes, leur sont associés.

Ces constructions révèlent un art de bâtir confirmé, une maîtrise de la technique du mur en élévation ainsi qu’une nouvelle organisation sociale.

Dans ces ensembles monumentaux vivaient des groupes humains sous l’autorité probable d’un chef de tribu.

Le site phare de ce temps est Cucuruzzu, un casteddu archétypique avec ses trois composantes : le village aménagé au Bronze ancien, la torre construite au Bronze moyen et le complexe monumental réalisé au Bronze final.

ESPACE 7

Le temps des Korsi de 700 à 111 av. J.-C.

Durant le 1e Âge du fer, les Korsi (nom donné aux populations de l’intérieur de l’île) réaménagent les casteddi. Ce sont des paysans habiles qui exploitent la laine (filage, tissage) et confectionnent des ouvrages en fibres végétales (sparterie, vannerie).

Ils aiment la parure métallique. Ce goût s’affirmera davantage au 2e Âge du fer (vers – 500 ans) sous l’influence des peuples historiques installés sur la côte orientale de la Corse (notamment à Aleria).

Les Korsi, romanisés (vers 220 av. J.-C.)), entreront progressivement dans l’Histoire mais ils garderont longtemps leurs traditions et leurs spécificités.

ESPACE 8

Et l’Histoire s’écrit, à partir de 111 av. J.-C.

A la conquête romaine (de 259 à 111 av.J.-C.) succède une Pax romana d’environ quatre siècles (de – 111 à 455). L’île se romanisera progressivement. Pourtant, à Capula (Levie), la romanité n’a pas laissé de traces matérielles notables. Les populations de l’Alta Rocca continuent à vivre comme par le passé.

L’Alta Rocca sera durant tout le Moyen âge et jusqu’à la mort de Rinuccio della Rocca, en 1511, la Terre des Seigneurs installés dans leurs casteddi.
Le site de Capula raconte l’histoire mouvementée de ces Seigneurs, les Biancolacci, depuis leur apogée au 9e siècle (époque pisane) jusqu’à leur déclin au 13e siècle (période génoise).

De ce temps, il reste aujourd’hui d’illustres noms de familles. L’un d’entre eux aurait été porté par le pape Sixte Quint (Felice Peretti). C’est en tout cas ce qu’enseigne la tradition orale mais cela reste encore à démontrer. Il aurait offert à Levie un Christ en ivoire en souvenir de ses origines « alta roccaises ».

ESPACE 9

Mémoire des cieux, Mémoire des Hommes

Une petite salle d’art sacré réunit des « trésors » d’église. Parmi ceux-ci, un Christ en ivoire daté du 16e siècle soutient la légende des origines lévianaises du pape Sixte Quint et entretient le souvenir.